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Le Droit d'Ottawa : Le fou de la guitare
Mars 2007 / Mercedes Déziel-Hupé / Ottawa, Canada

Virtuose de la guitare, Erik Mongrain n’a pas pu combattre le destin. Il est tombé amoureux de la musique et précisément de l’acoustique. Avec plus d’une décennie dédiée à son art, ses performances ont pris d’assaut Youtube et créé une vague d’intérêt pour le courant instrumental. Son premier album intégral, Fates, rassemble une panoplie de ses œuvres. De Nirvana à Michael Hedges, en passant par Bach, voici le parcours tracé par le «fou de la guitare».

C’est à 14 ans qu’on lui offre son premier instrument. Ce sont les années qui ont suivi qui ont forgé le guitariste autodidacte. En jouant dans les rues et les métros, il est un succès québécois. Célèbre aujourd’hui grâce aux Pourris de talent, de Musique Plus, Erik Mongrain se surpasse. On associe quasi automatiquement au musicien le lap tapping. Cette technique vise à frapper les cordes, tel sur un piano. L’effet est comme celui de la pluie sur un toit. Quoiqu’il ait été intrigué par la dite technique, seulement quelques-unes de ses compositions suivent ce modèle. «Je l’ai appris pour la rue, pour que les gens arrêtent et regardent, mais ça fait des années que je ne joue plus dans le métro; j’ignore si ça marcherait encore.» Il déplore que les gens ne le connaissent que pour cet aspect. «Lentement et sûrement, je vais me défaire de l’étiquette.»

Cette tâche, il l’a fait aussi lui-même en se détachant de ces groupes d’adolescence (Nirvana, Jimmy Hendrix et Metallica). La série pour guitares classiques de Bach a joué un rôle majeur. À une époque, il les avait apprises par cœur. Michael Hedges est également une figure notable du domaine, selon M. Mongrain. Toutefois, l’évolution s’est faite naturellement, étendue sur quelques années. «Je me suis mis à écouter des trucs plus mélodieux, plus recherchés. Cela va avec le fait que je vieillis je suppose; j’ai envie d’entendre autre chose.»

Sur ce point, le virtuose de la guitare demeure sévère. En effet, il s’avoue très difficile. «J’apprécie les groupes qui ont leur propre voix, leurs couleurs et c’est rare de trouver un produit original» À ce titre, il cite la très populaire Bjork, le Dave Matthews Band, Mogwai et Sigur Ros. «J’aime l’authenticité d’un artiste.» Qui plus est, il entretient une peur de ressembler aux légendes de l’industrie. «Je trouve qu’il y a trop d’artistes qui se bornent à sonner comme quelqu’un d’autre.» À son avis, il n’est pas original de simplement perfectionner la méthode d’autrui. Erik Mongrain veut apporter sa touche personnelle. «Il faut fouiller plus loin que son nez. Je cherche à changer les rythmes, accorder ma guitare différemment, essayer différentes techniques. Ça aide que je m’emmerde royalement d’une chose très vite !» Il n’est pas surprenant que le processus créatif s’effectue en divers modes. «Des fois, j’ai une émotion qui doit sortir; une idée précise qui me nargue. D’autres, une idée me vient en jouant. Encore, parfois c’est l’aspect plus technique qui prime; j’ai envie de recréer un effet.» Il reconnait que quelque part, tous s’inspirent de musique déjà entendue, mais ne doivent pas en dépendre.

Musicien solo, il aime son statut. «Je préfère vraiment jouer tout seul parce que je suis tellement dans mon monde! Des collaborations, je vais en faire parce que je veux qu’il y en aille.» Alors les collègues qu’il aimerait côtoyer seraient notamment, l’illustre islandaise mentionnée ci-haut; «Je fondrais dans le plancher! N’y a pas une femme avec sa voix!» Michael Hedges et Jorane font surface. «Mais je ne cours pas après ces affaires-là, si ça arrive tant mieux.»

Fasciné par la pluie, adepte d’échecs et fana de cinéma. Le fou de la pochette et le clip Silent Fool viennent-ils révéler quelque chose ? «Les échecs, c’est un jeu d’esprit. Le fou sur l’album, c’est parce que je m’identifie à lui. C’est la seule pièce qui se déplace en diagonale. (C’est) suant, il n’a pas de yeux, mais qu’une bouche. Elle est différente des autres et mon frère l’a dessiné.» Pour ce qui est du septième art, il en mange. «J’suis addict. Ç’a une influence. Que ça soit les trames sonores, les images reliées à la musique, le jeu d’acteur qui me rappelle un souvenir.»

La musique d’Erik Mongrain a d’ores et déjà servie dans Everest : A Climb for Peace. Le prochain album sera entamé dès 2008, mais pour l’instant, le guitariste fera une petite tournée québécoise, cet été ainsi qu’une tournée en Allemagne.

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    Erik Mongrain / Alter Ego Musique © All rights reserved - 2008