Le progrès : Un très grand parmi nous
Avril 2007 / Ghislain Caron / Coaticook, Canada
Mercredi, 18 avril 2007, direction Pavillon des Arts de Coaticook. au programme ce soir-là, un jeune prodige de la guitare. Son nom : Erik Mongrain. J’entends vaguement parler de lui depuis quelques mois. Je l’avoue, j’y vais un peu à reculons. Car si les virtuoses ont le don de m’envoyer le menton au plancher d’entrée de jeu, ils ont aussi celui de me faire bâiller au bout d’une demi-heure.
L’adage : «Trop, c’est comme pas assez » semble avoir été fait pour eux. Trop de notes, foudroyantes prend souvent toute la place au détriment du feeling.
Pas Erik Mongrain. Dès les premières notes, j’ai su que je m’étais trompé. Bien sûr, notre homme est un véritable virtuose au plein sens du terme. A mon avis, il fait partie de ces rares musiciens à posséder une telle maîtrise. Mais il est aussi plus que cela. Beaucoup plus. Dès le premier morceau, nous sommes conquis par le musicien. Après le troisième, nous sommes conquis par l’être humain attachant qu’il est.
Car celui-ci, entre deux morceaux, pendant qu’il réaccorde sa guitare de toutes les manières inimaginables, nous confie ses états d’âme, son parcours de musicien pour le moins original de chacune des œuvres qu’il nous interprète. Il nous confie sans pudeur la grande solitude qu’il semble vivre et l’échec de ses histoires de cœur. « Inquiète-toi pas. Tu vas pouvoir bientôt choisir » lui crie quelqu’un du fonds de la salle. Chaque fois qu’il termine d’accorder sa guitare et la présentation de sa chanson, Erik Mongrain repousse le micro loin de lui. Comme s’il voulait nous faire comprendre qu’à partir de là, les mots devenaient superflus. On pouvait voir alors l’artiste entrer dans sa bulle, nous invitant à le suivre dans son univers. Moment magique où le musicien, son instrument et son auditoire ne font plus qu’un.
Tout au long du spectacle, l’artiste a semblé surpris de la réaction du public coaticookois à son égard. Il a semblé un peu mal à l’aise devant tous ces applaudissements et ne savait pas trop comment se comporter alors qu’on lui réservait coup sur coup deux généreux et sincères « standing ovation » au terme de sa dernière chanson et de son rappel. Il hésitait un peu maladroitement en se retirant vers sa loge, ne sachant trop comment répondre devant autant de réactions. Je suis allé personnellement lui serrer la main dans sa loge après le spectacle. Étant moi-même musicien, je sais à quel point ce simple geste et quelques mots de félicitations vont droit au cœur et sont la plus belle récompense de l’artiste.
J’ai tout de suite un choc. L’homme qui sur la scène me semblait un géant à cause de son immense talent est tout frêle et me va à peine au menton. Et la main que je serre est à peine plus grosse que celle d’un enfant. Mais malgré cela, j’ai tout de suite ressenti l’incroyable énergie qui se dégageait de lui.
Erik Mongrain fait partie de ces rares artistes capables d’émouvoir toutes les catégories de gens. Bien sûr, la majeure partie de l’auditoire était composée de musiciens. Mais je puis vous assurer que tous les autres étaient aussi impressionnés et remués que nous. A vous tous, les pas chanceux qui n’ont pas vu son spectacle, ne manquez pas le prochain s’il revient. Je prends sans hésitations le risque de vous dire que vous ne le regretterez pas. Car ce soir-là, j’ai vu un tas de gens redécouvrir à quel point la MUSIQUE pouvait être belle.
Bravo au Pavillon des Arts pour ce genre de spectacle. Et merci Dutch ! Je sais que tu y es pour beaucoup. Et surtout, « Bravo Erik Mongrain ». Ta place est parmi les plus grands. Et j’espère qu’un jour, ta personnalité et ton immense talent te mèneront exactement là où tu le mérites.
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